Les origines de la légende

Depuis l’an 2000, je me suis rendu à plusieurs reprises dans le Montana, notamment pour y suivre et capturer des lions de montagne avec les spécialistes qui les étudient – une recherche destinée à l’écriture de mon roman précédent, Cougar corridor, paru en 2009 aux Editions Le Passage. Vous pouvez suivre un résumé de cette expérience sur YouTube. Un jour, j’étais allé visiter le petit musée indien de Ninepipes, dans la Flathead Valley. Et quelque part entre des toiles de Charles Russel, des parures de guerre, des photos, des armes et des outils anciens, était exposée une lettre écrite en 1947 par un citoyen français de la région d’Epernay. Elle était adressée aux parents d’un pilote américain qui avait trouvé la mort en Champagne en 1944, dans des circonstances semblables à celles qui allaient conduire John Philip Garreau – mon Little Eagle – à sa perte.

Je me suis inspiré du contenu de cette missive, tel qu’il subsistait dans ma mémoire, pour rédiger la lettre signée Paul Lenglin qu’on trouve au début de ce livre. Elle évoquait un grand danger, une maison, un jeune pilote héroïque. Des gens, une famille, menacés de mort par un  avion presque incontrôlable, avaient échappé au pire grâce au sacrifice du pilote. Voilà qui posait la question du destin. Cette lettre de France, dans ce coin perdu du Montana, m’avait ému. Au-delà du drame qui avait épargné in extremis une famille française, elle mettait en lumière l’engagement et le sacrifice des soldats américains venus libérer l’Europe du nazisme. Et l’Europe, c’était si loin, quand on habitait du côté de Great Falls, Missoula ou Miles City ! En quittant le musée de Ninepipes et en roulant dans la large vallée entourée par deux chaînes des Montagnes Rocheuses, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ce jeune pilote, qui avait quitté sa famille et ces paysages splendides pour s’engager en tant que volontaire (je l’appris en attaquant la rédaction de ce roman) et s’en aller risquer sa vie au- delà de l’océan, dans un conflit qui ne menaçait alors qu’indirectement son pays, les Etats-Unis. Je songeais à son destin à lui.

Y avait-il là un début d’histoire, une piste pour un roman ?  Cette question a longtemps tourné en boucle dans ma tête, sans déboucher sur rien. Il lui manquait un déclencheur. Qui s’est présenté un jour sous la forme d’une nouvelle question : … et si quelqu’un, aujourd’hui, héritait de la maison épargnée par ce pilote, découvrait les faits de l’époque, et par conséquent un rapport particulier, dans le temps et dans l’espace, avec le pilote en  question ? Là, je sus que je tenais mon histoire.  Bien sûr, le destin de ce jeune pilote américain se trouvait lié à celui de la famille Lenglin, et, de manière vitale, à celui de ma narratrice, Hélène Marchal. Voici donc La légende de Little Eagle. Malgré son point de départ et de nombreuses références et descriptions relevant de la réalité de la Deuxième guerre mondiale et de l’aviation militaire de cette époque, c’est une pure fiction.